Femmes au long cou en Thaïlande

Vous avez déjà consulté des brochures de voyages à destination de la Thaïlande?  Alors vous connaissez ces propositons d’excursions dans les tribus du Nord. Les agences de tourisme vous proposent de voir des femmes au long cou, communément appelées « femmes girafes. » Que penser de cet ethnotourisme?

D’où viennent les femmes au long cou?

Ces femmes viennent de la tribu des padaung (terme shan) dont le pays d’origine est la Birmanie. Les padaung sont des Kayan ou Karen rouges, sous-groupe des Karen. Leur population est estimée à environ 7000 personnes dont la plupart a fui les persécutions de la junte birmane pour se réfugier dans les montagnes du nord de la Thaïlande. Les villages dans lesquels vivent les padaung sont plutôt des camps de réfugiés que le gouvernement thaïlandais considère comme autonomes sur le plan économique.

La légende

On ignore d’où vient cette coutume. Plusieurs légendes courent sur son origine. Selon certains, les anneaux des femmes girafes auraient pour effet de les rendre laides aux yeux des hommes d’autres tribus. Pour d’autres, le lourd collier les protègerait des attaques des tigres. J’ai une question: les tigres seraient-ils sexistes en ne s’attaquant qu’aux femmes?  Enfin, la troisième légende veut les padaung descendent de l’union du vent et d’un magnifique dragon femelle. Les femmes porteraient leur collier en hommage à cet animal mythologique.

Les faits

Dès l’âge de 5 ans, les fillettes reçoivent un premier anneau. Contrairement à ce que l’on croit, les colliers sont formés d’un seul anneau, en général en laiton, enroulé en spirale. Lorsque la fillette grandit, on change l’anneau pour un anneau plus adapté à sa morphologie et plus lourd. Le collier peut peser jusqu’à 10 kilos.

Une autre croyance circule à propos de cet anneau: celle qui veut qu’il allonge le cou de la femme et qu’elle meurt si on le lui enlève. Leur cou ne s’allonge pas. Le collier repose sur les épaules et pousse les côtes vers le bas avec une inclinaison qui peut atteindre 45°.

Les conséquences

A cause des transformations physiques de leur corps, les femmes girafes sont gênées dans les gestes de la vie quotidienne. Elles ne peuvent pas lever les bras au-dessus de leur tête ni regarder ailleurs que droit devant elles, sans parler des brûlures occasionnées lors des fortes chaleurs.

A cela s’ajoutent des problèmes d’intégration dans la société moderne. Les femmes padaung ne reçoivent quasiment aucune éducation, leur rôle consistant à rester dans leur village pour le bonheur des touristes.

Le commerce touristique

Le commerce touristique est une manne pour les tour operators qui font payer un droit d’entrée de 250THB/personne pour visiter les villages entourant Mae Hong Son, au nord-ouest de Chiang Mai. En haute-saison, ce sont une cinquantaine de touristes qui viennent chaque jour, appareil-photo en bandoulière, prendre LA photo souvenir de leur voyage en Thaïlande. Une petite partie des droits d’entrée et la vente de souvenirs permet aux femmes padaung de survivre.

Zoos humains ou marchés ruraux?

Les avis divergent. Pour certains, il s’agit d’un tourisme malsain qui réduit des êtres humains à l’état de curiosités. Dans certains villages, les femmes défilent et prennent la pose pour les touristes. S’il s’agit bien d’une forme d’exploitation des personnes, d’autres ont pris le temps d’aller interroger directement les principaux intéressés pour en apprendre plus sur leur mode de vie. Etant donné la situation au Myanmar et en Thaïlande, ils admettent que le tourisme est leur unique source de revenus. « Les Kayan à qui nous avons parlé se disent satisfaits de leur situation actuelle, mais le statut d’apatrides qu’ils partagent avec les réfugiés birmans n’a rien d’enviable: d’ailleurs ces anciens fermiers indépendants dépendent aujourd’hui du tourisme et des aides extérieures pour survivre. » (Lonely Planet, édition 2014)

Et demain?

Il semblerait que la tradition tende à disparaître peu à peu. Les jeunes filles ont le choix de porter ou non le collier. Certaines veulent une autre vie que celle de leurs mères tandis que d’autres le voient comme un critère de beauté. Les familles aussi sont divisées. Les plus progressistes acceptent de renoncer à leur tradition mais d’autres veulent la perpétuer. Bien qu’elles s’en défendent, on ne peut s’empêcher de penser qu’elles veulent surtout préserver les revenus engendrés par le tourisme. Mais on ne peut pas leur jeter la pierre; que ferions-nous dans leur situation?

Soucieux de donner une image plus moderne de son pays, le gouvernement birman souhaiterait lui aussi voir disparaître cette tradition.

En 2008, le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) a demandé aux touristes de boycotter la visite des villages kayan, considérant que les femmes y sont exhibées comme dans un zoo humain. Sa demande a eu peu d’impact, semble-t-il.

Quoi qu’il en soit, la question n’a pas fini de diviser…

Pour en savoir plus, je vous invite à lire le témoignage de Sarach, jeune femme padaung, dans la vidéo ci-dessous:

Sources: Lonely Planet, transformationsphysiques.wordpress.com, voyage au pays des merveilles, lovetrotters.net, wikipédia

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s