Triangle d’Or, Thaïlande du Nord

Pour de nombreux voyageurs occidentaux, le Triangle d’Or évoque la clandestinité, les caravanes d’opium et un exostime désuet. Qu’en est-il aujourd’hui?

Le trafic d’opium

Le Triangle d’Or s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres carrés, aux confins de trois pays: le Laos, le Myanmar (ancienne Birmanie) et la Thaïlande. Leur frontière commune se situe au confluent du Mekong et du Ruak.

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De 1920 jusque dans les années 1980, le Triangle d’Or est la principale zone de production d’opium, issu de la culture du pavot. Les montagnes, le manque d’infrastructures en font une région difficile d’accès que le gouvernement a du mal à contrôler.

Le pavot est majoritairement cultivé par les Hmong, une minorité ethnique originaire de Chine. Les Hmong considèrent l’opium comme une culture vivrière au même titre que le riz ou le manioc. Ils l’utilisent essentiellement à des fins thérapeutiques ou comme monnaie d’échange pour acquérir les biens qu’ils ne fabriquent pas.

Entre 1964 et 1973 la CIA entraîne des troupes de Hmong pour combattre les communistes. Elle forme une alliance avec le Gouvernement Royal du Laos et les seigneurs de l’opium Hmong et utilise ses propres moyens pour transporter l’opium vers les raffineries du Triangle d’Or. C’est ainsi que l’héroïne alimente les marchés mondiaux et que le Triangle d’or en devient le premier producteur avec 70% de la production mondiale.

De son côté, Khun Sa, un seigneur de guerre chinois basé à Chiang Rai, surnommé le « roi de l’opium« , assoit son pouvoir au milieu des années 1970. Il s’allie à la Shan United Army (SUA), de Mae Salong, à d’anciens combattants du Guomindang (GMD), le parti nationaliste chinois, et d’autres rebelles.

Grandeur et décadence

Etre un parrain de la drogue n’est pas de tout repos et rend parfois la vie périlleuse. Ainsi, en 1988, après avoir échappé à deux tentatives d’assassinat, Khun Sa songe à se retirer des affaires. Auparavant, il propose au gouvernement australien de lui revendre la totalité de sa récolte d’opium pour la bagatelle de 50M de dollars australiens. Il affirme que cette transaction mettra fin au trafic d’héroïne dans le monde.

Il fait la même offre aux Etats-Unis. Pas de chance, les deux pays rejettent sa proposition. Pire, la DEA (Drug Enforcement Authority), l’agence américaine qui lutte contre le trafic de drogue met sa tête à prix pour la coquette somme de 2M de USD.

Il ne lui reste qu’une solution, abandonner sa récolte et fuir. Il trouve refuge au Myanmar qui, bon prince, refuse son extradition. Il meurt à Yangon (anciennement Rangoun) en 2007.

Qui va à la chasse perd sa place

La reddition de Khun Sa sonne le déclin de la culture du pavot qui atteint son plus bas niveau en 1998 dans le Triangle d’or. Elle laisse la place de numéro un au Croissant d’Or, formé par l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan. La nature a horreur du vide, c’est bien connu. En 2014, 224 000 ha permettent à l’Afghanistan de produire 6400T d’héroïne. Mais sa réputation n’atteint pas celle de l’héroïne birmane.

Face à la demande chinoise, le Myanmar relance la « machine » en 2006. Il représente aujourd’hui 25% de la production mondiale et 89% de la production locale. Plus de 90% de la production est basée dans l’Etat du Shan. D’après l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime), cette recrudescence alimente les réseaux criminels et menace le développement de la région.

La Thaïlande a éradiqué la culture du pavot qui n’est plus produit depuis les années 1980. Ce succès est dû à la mise en place de programmes de réhabilitation économique viable pour les populations locales. Le Projet Royal de 1969 et le Projet Doi Tung de 1988 servent de modèles à d’autres pays qui visent le même résultat.

La fondation Mae Fah Luang, appuyée par la Famille Royale, a créé le Hall de l’opium. Ce musée retrace l’histoire de la culture du pavot depuis 5000 ans. Pour tout savoir sur la fondation et le musée de l’opium: http://maefahluang.org

Quant à Mae Salong, débarrassée de ses rebelles, est devenue la capitale du thé.

 

On ne rigole pas!

On ne le dira jamais assez, si vous touchez à la drogue en Thaïlande, ça sera à vos risques et périls. Les autorités manquent totalement d’humour sur le sujet et le gouvernement français ne se démènera pas pour vous sortir de votre galère. Les geôles ne sont pas réputées non plus pour leur confort.

Le gouvernement thaïlandais a créé une unité spéciale de la police, le Centre contre le crime sur le Mekong. Cette unité est chargée de traquer les trafiquants qui transitent par le fleuve. Chaque année, elle saisit de l’héroïne birmane et des pilules de yah bâh. la demande est telle que c’est un travail sans fin tant que le Myanmar n’appliquera pas la même politique que sa voisine. Ce qui semble très difficile.

Les producteurs du Myanmar et dans une moindre mesure du Laos vivent dans des régions rurales pauvres, reculées dans les montagnes. Pour eux, c’est le seul moyen de lutter contre l’insécurité alimentaire.

De même, évitez de vous promener seul(e) dans les montagnes du Nord où vous courez le risque d’être pris pour cible. Par les trafiquants qui vous prennent pour un ponte de la DEA et la police qui vous confond avec un trafiquant. Dur, dur et ballot…

Restez sagement sur les routes et tout ira bien. D’ailleurs, vous avez dû remarquer (si vous avez déjà circulé dans la région) que les barrages de police sont nombreux. J’ai assisté un jour à une scène qui m’a mise mal à l’aise. Deux policiers sont montés à bord du bus dans lequel je me trouvais. Ils se sont dirigés vers une femme d’une quarantaine d’années vêtue d’un pantalon et lui ont demandé de descendre. Sur le talus, au vu de tous, une matrone l’a palpée et a passé la main entre ses jambes. Fausse alerte, un sourire en guise d’excuse, la femme a regagné sa place et le bus est reparti.

A voir, à faire dans la région

La ville de Chiang Rai et son marché de nuit. Sans oublier ses temples, dont le Wat Phra Kaew, le Wat Phra Singh et le Wat Rong Khun (Le temple blanc de Chiang Rai, Nord de la Thaïlande), entre autres.

 

Mae Salong et ses environs pour les amateurs de thé, mais pas que,

 

Le magnifique jardin de Mae Fah Luang, Nord de la Thaïlande.

Visitez Chiang Saen et le Hall de l’opium avant de prendre un bateau qui vous emmènera au Laos. Lire à ce sujet Ma traversée du Mekong.

De nombreux bus partent de la gare routière interprovinciale de Chiang Rai. Vous avez le choix entre le voyage à la thaïe, spartiate mais non dénué de charme, et le minibus. 😉

Sources: Lonely Planet, Wikipédia, Visionsmag (janvier 2016)

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