Routes thaïlandaises : danger au tournant

Le saviez-vous ? La Thaïlande détient le triste record de l’insécurité routière et figure parmi les pays les plus meurtriers au monde, derrière la Libye, suivie par le Malawi, le Congo et le Liberia. Des pays beaucoup moins touristiques, reconnaissons-le. En 2015, 24 599 personnes ont péri sur les routes thaïlandaises. Durant la même période la France a enregistré 3430 morts pour une population équivalente à celle de la Thaïlande.

Des chiffres alarmants

  • Les 3/4 des accidents mortels sur les routes thaïlandaises concernent les deux-roues. Ils sont le premier moyen de transport  et représentent à eux seul 60% du nombre de véhicules motorisés immatriculés.
  • 30% des automobilistes impliqués dans des accidents sont distraits par leur téléphone ou autre chose (les chiffres ne disent pas quoi). Les principales causes d’accidents restent la vitesse, l’alcool et la somnolence au volant.
  • Le taux de décès sur la route est de 38,1 pour 100 000 habitants par an mais grimpe à 118,8 pour 100 000 véhicules à moteur.
  • Les enfants de moins de 14 ans paient un lourd tribut,  2000 meurent chaque année, 20 000 sont grièvement blessés et 9000 restent handicapés à vie. Les accidents de la route et la noyade sont les principales causes de décès chez les 10/14 ans en Thaïlande.
  • Et les accidents de la route demeurent la première cause de mortalité pour les 15/29 ans sur le plan mondial
  • Et les touristes ? Vous pensiez pouvoir passer à travers les mailles du filet, protégé par votre statut d’étranger. Désolée de vous décevoir. Selon le Consulat de France : une quinzaine de nos compatriotes meurent chaque année dans des accidents de la route au Pays du Sourire. Je n’ai pas les chiffres des autres nationalités mais vous pourrez les trouver sur le site du Consulat concerné.

Des fêtes qui se terminent mal

Le Nouvel An que l’on fête partout dans le monde et Songkran, le Nouvel An thaï, sont particulièrement meurtriers et connaissent chaque année des pics de mortalité. Ainsi, du 29 décembre au 4 janvier, on a dénombré 478 morts sur les routes. Dans 80% des cas, un deux roues était impliqué.

Pour Songkran, « the 7 most dangerous days » selon les autorités, on a constaté une hausse de 5% par rapport à 2017, soit 418 morts contre 390 l’an dernier. Des scores dont la Thaïlande se passerait volontiers.

Il est à noter que les chiffres donnés par le Centre de Sécurité routière ne tiennent pas compte des blessés qui décèdent des suites de leurs blessures. On est donc bien en-dessous de la réalité. En principe, et c’est ce que fait l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), il faudrait attendre 30 jours pour savoir si l’accident a été fatal ou non.

route-thaï.jpg
Pause sur la route entre Bang Saphan et Bang Burd @thaietvous

Mais que fait la police ?

Les gouvernements successifs, et Bouddha sait qu’il ont été nombreux depuis que le Siam est devenu la Thaïlande, se sont cassé les dents sur l’épineuse question de la sécurité routière.

On ne peut pas dire que les autorités actuelles ne font rien : multiplication des contrôles, présence policière plus importante et saisie de milliers de véhicules.

Le Premier Ministre, M. Prayut Chan-ocha a déclaré le 4 janvier dernier que 66 000 personnes on été arrêtées en état d’ivresse et que plus de 4000 véhicules ont été saisis (dont 3100 motos). Bon, on sait que les Thaïlandais aiment faire la fête mais, là, ce n’est plus sanuk du tout.

Pour leur remettre la tête à l’endroit, le Gouvernement a inventé une sanction qui devrait faire réfléchir : un stage à la morgue !

Cependant, force est de constater que la dissuasion est un concept inconnu des autorités. Vous pouvez vous faire arrêter des dizaines de fois pour la même infraction, vous aurez toujours la même sanction. Pourquoi se priver ?

Les raisons d’une telle situation

Des infrastructures qui datent

Dans les années 1980, la Thaïlande a voulu devenir le « Detroit » asiatique. De nombreux constructeurs automobiles, notamment japonais, se sont installés dans le royaume. Malheureusement, si le nombre de véhicules a augmenté, les infrastructures n’ont pas suivi.

Passage-à-niveau.jpg
Un passage à niveau sans barrière, juste un panneau stop, vers Bang Saphan @thaietvous

Les routes ne sont pas adaptées à un trafic de plus de 30 millions de véhicules et certaines barrières de sécurité affichent 50 ans au compteur. Loin de remplir leur fonction elles auraient un sérieux besoin d’être remplacées.

Des automobilistes individualistes…

Conduire en Thaïlande, c’est un peu le chacun pour soi. Si vous êtes sur un scooter et que vous croisez un camion, son conducteur n’aura pas plus de considération pour vous que pour un moucheron. A ce jeu-là, c’est toujours le plus gros qui gagne. Vous connaissez la phrase de Michel Audiard ? « Quand les types de 130 kg disent certaines choses les types de 60 kg les écoutent. »  Donc, même si vous avez la priorité, garez-vous, sauf si vous êtes suicidaire !

… et peu respectueux des lois

Comme partout dans le monde, des lois existent. Il y a même un code de la route, oui oui aussi étonnant que cela puisse paraître. Mais vous l’aurez compris, peu le respectent. Un exemple ? Une ligne continue, normalement cela signifie que vous n’avez pas le droit de doubler, sauf en Thaïlande où on y va allègrement.

Sur certaines routes j’ai vu des doubles-lignes continues. Naïvement, j’ai pensé qu’il était strictement interdit de doubler. Ben non. On double quand même.

Sur les motos il n’est pas rare de voir trois, quatre, voire cinq personnes, tout la petite famille en somme, pour un casque (et encore pas toujours) sur la tête du conducteur. Même à Bangkok, les motos-taxis n’ont pas toujours de casque pour leurs passagers.

Et les feux rouges, c’est fait pour s’arrêter… normalement. Sauf si vous tournez à gauche (la droite pour nous puisque la conduite est à gauche en Thaïlande). La première fois, vous voyez tout le monde vous dépasser et vous vous retrouvez bientôt comme une idiote à attendre que le feu passe au vert, tremblant à l’idée qu’un policier vous verbalise. Mais le policier s’en moque et tout le monde rigole. Après, vous faites comme les Thaï.

La peur du gendarme n’existe quasiment pas.

La preuve, cette parole d’un expatrié qui vit à Bangkok : « Quand vous savez que la seule conséquence de se faire arrêter sans casque, sans permis de conduire ou sans les papiers du véhicule est de devoir glisser un billet de 100 bahts dans la main du policier, vous n’avez aucune raison de respecter la loi. » (Source Gavroche) Pour info, 100 bahts font aux alentours de 2,50€.

Cependant, les automobilistes ne sont pas inconscients. Ils savent très bien qu’ils enfreignent les lois. Bizarrement, lorsqu’ils se déplacent en Malaisie ou à Singapour ils deviennent plus respectueux et inversement les Malaisiens et les Singapouriens en goguette en Thaïlande oublient leurs bonnes manières et adoptent la thaï attitude.

Permis de conduire ? Vous avez dit permis ?

Là, on atteint le grand n’importe quoi ! Jusqu’à présent, 5 heures de conduite données dans un parking et un examen théorique suffisaient pour obtenir le précieux sésame. Dès cette année, elles passeront à 15 accompagnées d’un examen théorique dont toute faute sera éliminatoire.

C’est bien beau tout ça, encore faut-il que les futurs conducteurs passent le permis de conduire. Certains l’achètent carrément. Franchement, pourquoi s’embêter à apprendre un truc qu’on ne respectera pas de toute façon. Du temps de perdu, mon brave monsieur. Tiens, ça me rappelle le sketch de Jean Yanne et Lawrence Riesner.

En Thaïlande, un conducteur sur cinq n’a pas son permis de conduire, deux sur trois pour les motos. Pour éviter de payer des cours qui représentent un certain budget pour les revenus modestes, nombreux sont ceux qui apprennent à conduire avec un membre de la famille qui lui-même a appris avec un tonton qui… etc… les mauvaises habitudes se transmettent ainsi de génération en génération.

Pourtant, conduire sans permis est considéré comme un infraction grave. Le contrevenant s’expose à une amende de 10 000 bahts (environ 280€) et trois mois de prison. Mais la peine est rarement appliquée.

Une mauvaise signalisation

Les automobilistes ne sont pas toujours de mauvaise foi. La signalisation est parfois si chaotique que bien malin serait celui qui comprend ce qu’il doit faire. Alors, chacun a sa petite idée et la met en pratique. Ça passe ou ça casse.

Les fameux U-Turn

Si vous n’avez jamais circulé en Thaïlande, vous vous demandez de quoi je parle. Le moins qu’on puisse dire est que la première fois ça surprend. Je me suis quasiment démonté le cou, sagement assise à l’arrière d’une voiture qui m’emmenait dans le Sud, en me demandant : « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? »

C’est la possibilité de repartir en sens inverse lorsque vous circulez sur une quatre voies, genre autoroute vous voyez. Comme une image vaut mieux que des mots, je vous ai trouvé une petite vidéo sur Youtube.

 

 

Et Bouddha dans tout ça ?

Vous vous faites écrabouiller alors que vous ne demandiez rien à personne ? Dites merci, vous venez de franchir une étape supplémentaire vers le nirvana. C’est ce qu’on appelle la Thaïness.

Le bouddhisme rend les Thaï fatalistes. Ils croient en la réincarnation et au Karma. Si quelqu’un a un accident de la route, c’est à cause de ses vies antérieures. Une juste punition pour ses fautes en quelque sorte. Et s’il décède, c’est qu’il avait vraiment merdé. Le responsable de l’accident, s’il s’en sort indemne, ne se sent pas coupable. Pour lui, l’événement était inévitable et il n’a été que l’instrument du Divin. Cool…

Comment s’étonner ensuite du peu de respect du Code de la Route ?

Que faire, me direz-vous? Parce que vous avez quand même envie de visiter le beau pays qu’est la Thaïlande mais vous voulez rentrer chez vous en un seul morceau et sur vos jambes si possible. Pas de panique : privilégiez le train ou l’avion pour les longs trajets. Si vous louez un scooter, évitez les axes à fort trafic, les petites routes de campagne vous donneront souvent l’impression d’être seule(e) au monde.

Ceci dit, j’ai parcouru des milliers de kilomètres en voiture et en bus et il ne m’est jamais rien arrivé. Je dois avoir un bon Karma.

Sylvie

Sources : Gavroche, thailande.fr, RFI + AFP 

Publicités

2 réflexions sur “Routes thaïlandaises : danger au tournant

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s