Crime de lèse-majesté : toujours en vigueur en Thaïlande

Si vous avez l’habitude de voyager en Thaïlande, vous avez remarqué que les Thaï sont des gens très accueillants et tolérants. Mais n’allez pas croire que tout est permis sous prétexte que vous êtes étranger. Deux sujets sont hautement sensibles et pourraient vous valoir une reconduction à la frontière et une interdiction de séjour si vous ne les respectez pas : la religion et la monarchie.

Image royale sous haute protection

La Thaïlande est l’état le plus répressif au monde en matière de crime de lèse-majesté. Dans 9 cas sur 10 les juges prononcent une condamnation en se référant à l’Article 112 du code pénal thaïlandais. « Toute personne diffamant, insultant ou menaçant le roi, la reine, leurs héritiers ou régent, sera punie d’une peine de prison d’une durée de 3 à 5 ans. »  La peine peut aller jusqu’à 30 ans de prison et en 2013, la Cour suprême élargit cette loi aux rois précédents.

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Plusieurs ressortissants thaïlandais se sont exilés, principalement en Grande-Bretagne et en France, pour fuir des accusations de crime de lèse-majesté. Ils ne sont pas à l’abri pour autant, le pouvoir ayant décidé de les poursuivre à l’étranger et de demander leur extradition.

Pourquoi la monarchie est un sujet aussi sensible ?

Le roi de Thaïlande  est vénéré par ses sujets et considéré comme un demi-dieu. Il est un symbole de stabilité dans un pays qui ne compte plus les coups d’Etat. Le précédent roi, Bhumibol Adulyadej décédé en octobre 2016, a régné durant 70 ans sur une nation qui a connu de nombreux soubresauts. Qu’on soit pour ou contre la monarchie, on peut légitimement se demander ce que serait devenue la Thaïlande sans son monarque.

Même si vous n’êtes pas l’auteur de propos diffamatoires, le fait de les rapporter constitue un crime

Sondhi Linthongkul, ancien magnat de la presse, en a fait l’amère l’expérience. Il est condamné à 2 ans de prison pour avoir rapporté les propos offensants de la dirigeante du mouvement des chemises rouges. L’auteure dont les paroles visaient la monarchie a écopé de 15 ans de prison.

Au début des années 80 l’intellectuel Sulak Sivanaraksa est arrêté suite à une remarque anodine sur le goût du roi pour la voile et l’avoir surnommé « skipper ». Il récidive en 1991 en traitant la famille royale de « gens ordinaires » mais reçoit le pardon royal.  La même année il est contraint à l’exil pour ses remarques faites à l’université Thammasat dans lesquelles il fustige la junte au pouvoir avec référence au roi. Condamné avec sursis, il peut regagner son pays.

En Thaïlande, on peut critiquer le gouvernement tant qu’on n’y associe pas la monarchie.

Les procès contre des universitaires et des personnalités des médias et de la politique sont en augmentation depuis 2006. Mais n’importe quel citoyen peut se retrouver dans la même situation. Il suffit parfois d’un appel anonyme.

On m’a rapporté une histoire qui s’est passée au début des années 2000 à Hua Hin. Un Français décide de s’y installer et ouvre un restaurant. Le soir de l’inauguration, il invite le gratin local. Au cours de la soirée, les conversations vont bon train, on parle de tout et de rien mais notre homme fait une remarque, pas bien méchante au demeurant, sur le physique d’une des princesses. Le lendemain il est prié de faire ses bagages et de ne plus remettre les pieds en Thaïlande. Par la même occasion, il dit adieu à son investissement…

Les réseaux sociaux en ligne de mire

Le simple fait de rapporter des propos diffamatoires vous place en état d’arrestation et vous rend passible d’une peine de prison. Idem si vous cliquez sur « j’aime » au bas d’un article ou d’un commentaire jugé diffamatoire.

Le 7 août 2015, Pongsak Sriboonpeng écope de 30 ans de prison pour insulte à la monarchie après avoir publié 6 messages sur son compte Facebook.

Le 16 décembre 2015, une Thaïlandaise est condamnée à 9 ans de prison, reconnue coupable de « diffamation royale, menace à la sécurité de l’Etat et violation de la loi informatique » pour ses posts sur Facebook. 

Le 2 décembre 2016, lendemain de l’accession au trône du roi Maha Vajilalongkorn, Pai, de son vrai nom Jatupat Boonpattararaksa, est arrêté pour avoir traduit en thaï des extraits d’un article de la BBC et les avoir publiés sur son compte Facebook. La BBC n’a pas été mise en cause malgré le portrait peu flatteur qu’elle dressait du nouveau souverain.

Facebook, s’il est le plus utilisé, n’est pas le seul à intéresser la junte au pouvoir. Tout ce qui est publié sur internet est dans sa ligne de mire.

Une presse muselée

La loi contre le crime de lèse-majesté a pour conséquence un musellement de la presse. les journalistes eux-mêmes s’autocensurent par crainte des représailles. On est bien loin des tabloïds anglais qui s’en donnent à cœur joie et n’hésitent pas à critiquer la famille royale britannique. La Thaïlande est classée 134ème sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse en 2015.

RSF (Reporters sans Frontières) s’est alarmé de cette situation. Le 12 novembre 2015 il publie un rapport d’enquête intitulé : « Thaïlande : coup d’Etat permanent contre la presse ». https://rsf.org/sites/default/files/rapport_thailande_fr.pdf

Le Premier Ministre Prayut Chan-o-cha, chef de la junte et fidèle défenseur de la monarchie, légitime le pouvoir en place en instrumentalisant le crime de lèse-majesté. Les journalistes, qu’ils soient thaïlandais ou étrangers, deviennent les cibles d’une surveillance constante. Tout écrit ou propos est passé au peigne fin.

De même, les images du roi Maha Vajilalongkorn déambulant en tenue très décontractée dans un centre commercial de Munich ne seront jamais diffusées à la télévision thaï.

Pour l’instant la communauté internationale est plutôt silencieuse. Ce silence profite surtout à la Thaïlande qui conserve son image de Pays du Sourire et attire chaque année des millions de touristes.

Sources : http://www.rfi/asie-pacifique ; http://www.lemonde.fr/asie-pacifique ; RSF ; Lonely Planet ; photo Wikipédia

 

 

 

 

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